Jeunes gens, appliquez-vous à vivre comme lui.
Une bonne façon de se détendre : le débat sur la retraite à 62 ans vous paraîtra bien loin.
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Jeunes gens, appliquez-vous à vivre comme lui.
Une bonne façon de se détendre : le débat sur la retraite à 62 ans vous paraîtra bien loin.
Avant même
l'écoute de cet album, et parcourant le listing des chansons, je ne manquai de noter la présence d'un "Homeward Bound", que j'imaginai aussitôt être un clin d'oeil à Simon & Garfunkel, ces
vétérans de la mélodie US pop par excellence, aux millions d'albums vendus, au mythique concert à Central Park, etc. Si le morceau n'est pas une reprise à proprement parler de S&F, la
comparaison donne tout de même une bonne idée du chemin qu'emprunte Ben Kweller avec ce "Changing Horses" : des emprunts divers à la country et à la musique folk américaines, le tout dans un
habillage pop du plus bel effet. Ben Kweller n'a rien d'un antifolk lo-fi new-yorkais, ou d'un bluesman crasseux, il est simplement un jeune homme talentueux, à la vie relativement rangée, mais qui
pose toujours autant de bonnes questions. Et c'est exactement ce qu'il laisse entendre ici.Depuis le début des années 00, l’Angleterre du rock a engendré toutes sortes de mouvements, avec plus ou moins de succès. Si le revival sixties lancé à Londres en 2002 par les Libertines – qui font aujourd’hui figure de glorieux aînés – a perdu un peu de son énergie sept ans plus tard, la jeunesse anglaise a trouvé d’autres terrains de jeu, explorant les différentes périodes de l’histoire du rock, mélangeant les genres et faisant exploser tout ça en un joyeux bordel.
Au hasard, on a eu droit aux gratteux campagnards et asociaux (The Coral), aux branchouilles londoniens fluo, autoproclamés « new-rave » (The Klaxons), aux purs successeurs de Doherty et Barât, mélodies et sapes comprises, avec gadin inévitable à la clé (The View), ou plus récemment à quatre gamins bichromes, aux moues dépressives et qui font se pâmer les nostalgiques de la cold-wave et du rock qui retient ses larmes (The XX). Bref, en Albion, on tente des choses. A ce sujet, l’écoute du premier album de Crystal Castles, en plus de dévoiler un talent sans limite dans le domaine de l’expérimentation sonore, nous laisse penser que malgré la presse boudeuse, les jeunes gens modernes et qui ne payent plus leurs albums, et la crise, l’Angleterre aura toujours de quoi nous surprendre.
Car cet album, Crystal Castles, ne ressemble à pas grand-chose de connu. Mais puisqu’il faut toujours trouver des points de comparaison pour décrire des choses que l’on vient de découvrir (« Maman, il y a un truc dans le ciel, c’est comme une soucoupe, mais qui vole… »), alors allons-y : Crystal Castles, c’est un peu Mario Bros sous acide, qui se tape la tête en rythme sur les murs du château de la princesse. C’est une plate-forme de nappes synthétiques empilées comme au hasard, convoquant les sons 8-bits des consoles de jeu des années 80, et qui reposent sur des lignes de basses entêtantes et martelées qui, en plus d’imprimer la mélodie des morceaux, font office de grosses caisses. Du très lourd.
On retient presque tout de cet album, et assez vite. La majorité des morceaux est ici composé sur la base de quatre accords pop. Ainsi, les chercheurs de la mélodie ultime, « ecoute-ça-c’est-trop-complexe-mais-dès-que-tu-saisis-le-truc-tu-te-rends-compte-que-c’est-génial » en seront pour leurs frais : ici, la simplicité mélodique est reine. Et l’essentiel n’est pas là : il fallait bien ça pour obliger l’auditeur à se focaliser sur l’hallucinant – halluciné ? – travail sur le son.
Car c’est bien l’atout majeur de ce premier LP : la fabrication du son. Il y a quelque chose de visionnaire dans le travail d’Ethan Kath, qui doit correspondre à la définition moderne de l’apprenti sorcier : en fusionnant, pour simplifier, du matériel informatique du temps des dinosaures à des claviers et des samplers dernier cri, il ramène la musique electro à la source, et lui rappelle d’où elle vient : des vieux ordis Amiga, des sons de Sonic ou Alex Kid (le jeu vidéo), bref : tout un pan musical tombé en désuétude parce que complètement dépassé au temps de la musique numérique, de la réverbération et des boucles distordues. Reste que la mayonnaise prend bien, signe que les générations peuvent se réconcilier, après tout.
Dans tout ce travail, il faut saluer le travail sur la voix d’Alice Glass, dont le chant habité, sans cesse plus aigu, fait des détours infinis dans les machines du groupe avant d’arriver à nos oreilles. Difficile donc de juger de ses réelles capacités vocales, même s’il reste toujours une vraie intention, nerveuse, parfois violemment proche de la déchirure, et qui sait donner le frisson. Il y a peu de modèles à qui la comparer, si ce n’est Deborah Harry par instants, pour l’instinct pop dans le chant, ou Courtney Love, pour la charge de rock&roll que porte sa voix.
Enfin, il y a ces morceaux, puisqu’il faut bien les citer. « Alice Practice », que vous avez pu entendre dans l’un des épisodes de la série anglaise et désormais culte « Skins », est une offensive violente, ou le chant d’Alice Glass fait des miracles dans les aigus hystériques, sur un fond d’une énergie débordante, désordonnée, et qu’il faut ranger soi-même mentalement au fur et à mesure des écoutes. Il y a ensuite des instants de calme, ce « Crimewave » entêtant, qui invite à chanter en chœur, en l’écoutant au casque au milieu d’une avenue parisienne ; un « XXZXCUZX me » carrément hard, à recevoir debout, la tête dans un mur d’enceinte au milieu d’un champ du Larzac, en sachant que de toute manière on n’y comprendra rien… D’autres morceaux de bravoure, « Vanished », « Good Time » ou « Love And Caring », noyée sous un déluge de lasers et de sonneries qui rendent fou. Et puis, presque inévitablement pour un album de cette longueur, quelques morceaux sans imagination ou sans fougue (« Air War », « Through The Hosiery »). Pas suffisant pour gâcher la fête. Les Crystal Castles, maintenant joyeusement lancés dans le cercle pas si fermé des nouvelles révélations made in UK, ont de l’or entre les mains. Ils ont créé un son qui leur appartient et leur album fait des merveilles. Reste que les voilà esclaves de ce son, leur marque de fabrique, qui ne manquera pas de lasser les auditeurs si le groupe décide de nous sortir quatre autres albums sur le modèle du premier. Après un retour franchement réussi vers les sons geek d'il y a 20 ans, quelle sera la prochaine étape ?
Crystal Castles - Alice Practice