"I'm Not There", nouvelle production ciné consacrée à la vie de Bob Dylan, sortira sur
les écrans français le 5 décembre prochain. Le film ne se présente pas comme un biopic classique, mais plutôt comme un "délire de réalisateur" sur la vie d'une idole, dixit Charlotte Gainsbourg,
qui interprète Suze Rotolo. En gros, six acteurs camperont Dylan à différents moments de sa vie, sans que la ressemblance physique soit flagrante. Parmi eux, Cate
Blanchett, qui incarne le Dylan des débuts de l'électrique (1965), et qui ressemble tout de même franchement à l'original (ray-bans, coiffure, fringues mods, mimiques,...)
Plusieurs extraits sont disponibles sur le site Allo-Ciné (avec 10 secondes de pub à
chaque fois, merci bien). Ce qui en ressort, c'est déjà un sentiment de malaise : Todd Haynes, qui réalise le film, a reproduit à l'identique certaines
situations de la vie de Bob Dylan : Newport 65, lorsque Pete Seeger menaçait de couper les fils électriques, ou Manchester 66, lorsque le chanteur se fait traiter de Judas par un fan britannique en
colère. Le cadrage, les citations, la forme complète des images reproduit la réalité, ce qui peut paraître dommage : aujourd'hui, on ne peut plus étudier Dylan sur ces simples situations, car elles
sont connues de tous.
De même, les interviews avec la presse sont reproduites au détail près : les questions des journalistes, les réponses de Dylan. Si Cate Blanchett reproduit à merveille ses gestes d'agacement ou ses
mimiques ironiques, on a déjà l'impression que tout cela va coller de trop près aux Images, ces fameuses images d'archives, qui ont 40 ans, que l'on regarde encore en boucle, et que l'on retrouvait
notamment dans le documentaire de Scorcese, "No Direction Home".
Ce n'est qu'une impression avant d'avoir vu le film, bien sûr, et il faut espérer que le résultat final tiendra plus de l'effort imaginatif et artistique que de la reproduction pure et simple. De
toute façon, étant donné le nombre de fans qui se rueront dans les salles le jour de la sortie, on devine que Todd Haynes fera ce qu'il faut pour ne pas rater son coup.
En effet, en effet, il y avait toutes sortes de raisons de ne pas aimer Dire Straits. D'entrée, évacuons-les : mauvais style
vestimentaire (y compris celui de Mark Knopler, tennisman à guitare), mauvaises lignes de synthés, solos de saxophone larmoyants et qui n'en finissent jamais. On pourrait aussi ajouter que Dire
Straits s'est construit sur trois ou quatre grands morceaux (Walk Of Life, Money For Nothing, Sultans Of Swing, Romeo & Juliette) et que tous les autres sont à peu de choses près des resuçées
de ceux-là. Soit.
Pourtant, il reste toutes les bonnes raisons d'aimer ce groupe. Un grand album : "Brothers in Arms", qui en est également le magnifique morceau de clôture ;
Les chansons citées plus haut, qui suivent les shémas ultra-classiques de l'architecture rock&roll mais n'en sont pas moins géniales ; enfin, la guitare de Mark Knopler, son jeu de main droite
à trois doigts, et certains de ses monstrueux solos, en concert notamment (On pense à Wembley, à l'occasion du concert pour Nelson Mandela) . On peut ajouter à tout cela une collaboration
permanente avec l'ami Clapton, qui a aussi quelques bonnes dispositions avec une six-cordes entre les mains.
Les quatres compères de Sheffield s'apprêtent à sortir le troisième single issu de leur nouvel album. "Teddy Picker" paraîtra
chez Domino Records le 3 décembre prochain. Deux faces B accompagneront le morceau : "Bad Woman", avec Richard Hawley à la voix, "The Dead Ramps" et
"Nettles".
Les Arctic Monkeys sont actellement en tournée en Europe, accompagnés de "Reverend & The Makers".
Où comment la réflexion naît des chansons qui marquent, et comment la musique, en plus de calmer les nerfs, permet d'y voir un peu
plus clair sur soi-même.
Le commencement. Dylan, entre 1962 et 1966, écrit quelques chansons hallucinantes qui marqueront absolument tout le monde, d'une façon ou d'une autre, qui mettront un coup de
pied au cul de l'Amérique raciste et réactionnaire, et qui d'un même élan renverront la moitié des musiciens du monde à leurs partitions. Bob Dylan, comme chacun sait, est un mélodiste
incroyable, doublé d'un parolier hors pair. Ce que l'on dit moins, c'est que le bougre a une façon toute particulière de s'adresser à chacun, et que ceux qui l'écoutent en profondeur en prennent
de belles dans l'estomac.
Prenons une chanson, à titre d'exemple. "Don't Think Twice, It's Alright", sur l'album "The Freewheelin'...". Au premier abord, une chanson d'amour bête comme bonjour, un adieu, et une mélodie
facile à retenir. Mais en profondeur, comme souvent, c'est de l'or en barres. Pour une seule bonne raison : contrairement à ce qu'il affirme souvent, Dylan a compris. Il a 22 ans, et il parle
d'amour comme aucun terrien ne doit être capable de le faire. Cette chanson est un court-métrage dramatique, une envolée de paroles simples, un souffle. "I gave her my heart, but she wanted my
soul, but don't think twice it's alright." Et voilà ce que personne n'avait pu écrire avant, ce qui transperce le coeur des gens qui se sont assis pour tendre l'oreille. La dernière phrase est
incroyable : " You just kinda wasted my precious time, but don't think twice, it's alright." Et l'auditeur, sonné au quatrième, se remémore sa vie et se demande quand est-ce qu'il aurait pu
sortir des trucs pareils. Jamais, évidemment.
Et la fascination naît, en même temps qu'un certain traumatisme : cette musique du fond des âges, du futur, du haut et du bas, de la colère et du courage, cette musique a juste été écrite par un
type de 22 ans. Qui, comme tous les soirs, s'était assis devant sa machine à écrire en chantonnant. S'était tourné vers la cheminée de l'hôtel pour attraper du feu. S'était ravisé devant son
paquet vide, avant de s'asseoir finalement et de se mettre à retranscrire sa dernière rupture, sans trop y croire. Deux ans plus tard, Johnny Cash choisira cette chanson dans le répertoire de
Dylan pour la jouer au festival de Newport.
Autre époque, personnalité hors pair, fin tragique : Joy Division, en 1979, sort son premier et avant-dernier album, "Unknown Pleasures". Si tout l'album est à marquer au panthéon de la tristesse et de la
perte de soi-même, le morceau d'ouverture est tout simplement à extraire du domaine musical tel qu'on le conçoit d'habitude. "Disorder" est un monstre, d'instrumentation et de sentiments, de
volonté étouffée et de panique en latence. "I've been waiting for a guide to come and take me by the hand. Could these sensations make me feel the pleasures of a normal man ? " Curtis s'agite au
rythme de notre âme, il y a tellement de choses à entendre ici... En évitant le cliché "Curtis donne tout ce qu'il a, il approche de la fin", tout de même, soyons clair : les chansons de Joy
Division sont énormes de désespoir interrogateur, et se bonifient avec l'âge. Les années passent, le son vieillit, la tristesse est intacte.
"Time For Heroes", maintenant. Chef d'oeuvre, tranche épique et imprévisible des débuts de l'épopée Libertines. Chanson bouclée en deux minutes quarante, explosive, lumineuse
et bouleversante. Il faudra un jour s'en convaincre définitivement : après eux, le chaos, sans appel. "Did you see the stylish kids in the riot ?" Doherty sait qu'il chante une jeunesse qui
n'existe que dans ses rêves de romantisme, il sait aussi peut-être qu'il sera bientôt le seul représentant de la vie rock telle qu'il nous la présente : les Libertines avancent, mais le
monde ne suit pas. Ce temps des héros, c'est avant tout une blague de potache, dans laquelle chacun trouvera la colère qu'il n'a jamais ressentie, la fougue qui n'a jamais abîmé ses cordes
vocales. Ecouter cette chanson, c'est avant tout reconnaître qu'il est inacceptable de traîner ses guêtres dans le monde réel, quand il pourrait y en avoir un million d'autres. Doherty et Barât
ne se remettront jamais de leur idéal de liberté, et deviendront plus tard les mentors consentants de ceux qui voudront bien marcher dans leurs traces.