Il est temps d'en parler : le phénomène a pris de l'ampleur. My Major Company, qui se trouve là, est une maison de disques tout ce qu'il y a de classique,
à cette différence près que ce sont les internautes qui produisent les artistes. A savoir, qui choisissent les gens qu'ils aiment, et misent dessus, comme sur des chevaux.
Je peux, par exemple, mettre 100 euros sur Agonie, jeune rappeuse-rageuse, pour augmenter ses chances d'être produite. Lorsqu'elle atteindra la somme de 70 000 euros, My Major Company l'invite dans
ses studios et elle peut enregistrer son disque, qui sera ensuite diffusé sur les plates-formes de téléchargement classiques, ainsi qu'à la Fnac, grosso modo.
Or donc, ma petite protégée touchera ensuite 20% des recettes générées par les ventes physiques et numériques de son album, tandis que la masse des producteurs se répartit 30 % de la recette, au
prorata de la somme mise en jeu par chacun. Kapich ?
En gros, si Agonie, contre toute attente, vend un bon gros million de galettes, et que j'ai mis 2000 euros sur son numéro, je peux me faire... Attends je sors ma calculette et mon produit en croix.
A 10€ l'album, dix millions de recettes, hop hop, .... Pouah, 95238 euros, mazette !
C'est mieux que la bourse, pas de doute.
Deux petites choses, cependant :
1 - Comme à la bourse, il y a moyen de se planter. Si les artistes produits (une demi-douzaine à ce jour) se vautrent et ne passent pas la barre des mille albums, ou que j'ai misé sur le mauvais,
je peux dire adieu à ce petit week-end Ibiza-LSD-Cathy Guetta que je me suis prévu la semaine prochaine.
2 - A être producteur de major, autant l'être jusqu'au bout : musicalement, il ne faut pas faire la fine bouche. Il faut compter sur l'effet de masse, sur les mélodies mielleuses et les chanteurs
fadasses : comme dans la vraie vie (hors Internet, j'entends), c'est ça qui marchera. Ne pas s'attendre à trouver des groupes de rock indé ou du jazz manouche, ou des trompettes des balkans, ou de
la country redneck, tout ça sent un peu trop mauvais. Voilà plus précisément ce qui s'y passe :
Et là, verdict ?
Ooooh que c'est vilain ! Oh la vilaine soupe de supermarché ! My Major Company, comme prévu, fait de la Major, avec un grand M. Du Christophe Sherifa Lunisé, de la sous-diam's avec une afro à la
Corneille, pouah.
Parce que, - et là on en revient aux fondamentaux old-shool- après sept années à s'empiffrer de star academy et encore plus longtemps à se taper la musique de grosses majors, en petit nombre et qui
se congratulent en se tapant sur le ventre, qu'elles ont garni de billets, les gens ont perdu leur flair.
Si tu les laisse choisir, ils choisissent de la daube, et se vident le compte avec le sourire. Dommage, car le concept était prometteur. Prions que tout cela évolue vers des choses plus
audibles.