Interviews

Vendredi 19 janvier 2007
Gustave, des Naast, est considéré par beaucoup comme le leader le plus talentueux de la nouvelle scène Parisienne. Son groupe, 18 ans de moyenne d'âge, sort son premier album ce mois-ci.

Concernant l'ascension

Gustave : Considérant que nous nous sommes toujours concentrés sur notre musique et peu sur autre chose, ne pas trouver notre ascension "normale" serait hypocrite. Et puis je ne réfléchis pas trop en terme de "et si" et de facteurs de chance. Allez poser la question à quelqu'un de réellement célèbre, j'aimerais bien savoir ce qu'il y répondrait.

Sur la scène Parisienne

L'histoire de la "nouvelle scène" a été vue de bout en bout par des yeux extérieurs. Comme un jardin d'enfants avec les adultes derrière la grille. D'un point de vue journalistique, il y a bien une scène, mais en fin de compte, comparés au punk par exemple, les différents groupes Parisiens ne se retrouvent pas sur le plan musical, ni esthétique. On n'a pas tous les mêmes valeurs. En somme il s'agit juste d'une bande d'amis qui se regroupent au bon moment et au bon endroit. Même si cela suffit pour parler de "scène", je trouve que le terme n'est pas très juste.

Membres de cette scène?

"Membre" sous-entend "club", donc non, non.

Proches des autres groupes?

Shades, Brats, Brainbox, oui.

Et Rock&Folk dans tout ça?

Il fallait un média dans cette France cynique pour avoir le courage de soutenir un mouvement aussi naïf et instantané, et c'était Rock&Folk. C'aurait été trop facile de détruire ces jeunes groupes aux jolies ambitions. C'est toujours plus difficile d'être enthousiaste, d'ailleurs. Rock&Folk, c'est "je chante le rock'n'roll électrique", "la vie en rock", on parle le même langage, c'est tout.

Le look avant tout ?

Si certains parviennent à établir un procès d'intention solide uniquement basé sur notre apparence, c'est qu'ils en savent plus que moi et que je devrais me plier. Sérieusement, on croit au pouvoir de l'élégance et au culte du détail, qui élève la musique à un niveau supérieur. Un garçon qui fait attention à ses fringues fera attention au son de sa guitare, à celui de sa caisse claire, etc. Le rock lissé et timide à la Kyo, je n'y crois pas moi.

Par Lord Dey
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Mardi 30 janvier 2007

    Busty est journaliste pour Rock & Folk,et suit la scène rock parisienne depuis plus de deux ans. Elle revient sur le rôle de son magazine, de la critique et du public.

 

D'abord, comment cela a-t-il commencé (quel groupe, quel lieu) ?

Ca a commence avec les Parisians… Leur premier concert a eu lieu en avril 2004, au Malone’s, un bar du 15e arrondissement, et en juin ils ont joué au bar 3, avec les Naast en première partie (ce sont les Parisians qui les ont fait jouer), ensuite le bar 3 est devenu un des lieux les plus importants pour tout ce mouvement.


Quand as-tu commencé à t'y intéresser et pourquoi?

Je suis allée voir les Parisians parce qu’on parlait d’eux sur le forum des Libertines, après ça a été rapide, j’avais un blog a ce moment la, les groupes laissaient des messages sur beaucoup de blogs pour faire de la pub pour leurs concerts, et j’y allais, voilà.


On dit que R&F est à l'origine du mouvement, est-ce vrai, et dans quelle mesure?

On n’est pas a l’origine du mouvement, on est allés les voir en premier, peut-être, et on a parle d’eux plus tôt, mais ce mouvement n’est pas une création de rock’n folk, je ne vois pas très bien comment ce serait possible. On n’est pas allés faire la sortie des écoles pour distribuer des guitares aux gamins les plus lookés et en leur disant : " ok vous jouez dans deux jours dans tel bar..." On a juste observé ce qui se passait, on en a parlé, et un peu plus tard on les a fait jouer.


Cela enlève t-il de la crédibilité à tous ces groupes?

Voir ci-dessus… Ca leur enlève de la crédibilité si on part du principe que c’est rock’n folk qui est derrière tout ça, ce qui est a la fois faux et absurde.


Quelles sont les inspirations musicales de cette nouvelle scène?

C’est à eux qu’il faut le demander, je ne peux pas répondre a leur place, surtout qu’ils ont des influences assez diverses.


On critique toujours leur aspect "fils à papa" et bourgeoisie parisienne surlookée. Qu'en penses-tu?

La plupart font effectivement partie de la bourgeoisie de Paris et/ou des environs, et ils sont tous très lookés. Après ils ont peut-être le droit de s’habiller comme ils veulent, et ce n’est pas comme si le look n’avait aucune importance dans le rock. Par ailleurs, ils ne sont pas millionnaires du tout, tout ça en fait c’est les accusations qu’on lançait aux Strokes, et qu’on a reprises au sujet de la scène parisienne, parce que c’est commode, surtout pour les gens qui n’ont pas beaucoup d’imagination. Il fallait bien qu’on trouve une raison de leur tomber dessus. La vraie raison étant plutôt qu’on parle d’eux, et pas de ceux qui les critiquent sans arrêt ou qui crèvent d’envie d’être a leur place. Après c’est vrai ils ont un peu de fric. Quel rapport avec la musique ?


Le plus important : as-tu vraiment l'impression que quelque chose d'important, de nouveau, est en train de se passer? Qui pourrait changer la face du rock français?

Ca crève les yeux qu’il se passe quelque chose, non ??


Je crois que Benjamin des Shades expliquait qu'il fallait arrêter avec cette histoire de nouvelle scène, et qu'il y avait toujours eu de bons groupes à Paris. Que penses-tu de ça?

Ca n’enlève rien au fait qu’il y a depuis quelques années un mouvement d’ensemble d’adolescents qui font du rock a Paris et ailleurs, et ce mouvement n’existait pas avant.


Au delà des groupes, y a t il une ambiance, une atmosphère à Paris en ce moment qui est propice au retour du rock? La jeunesse est-elle plus rock ?

C’est indissociable évidemment ! S’il n’y avait pas de public, il n’y aurait pas de groupe non plus, tout le monde s’en ficherait.


Musicalement, quels sont les groupes qui te plaisent le plus, et pourquoi?

Les Shades sont très intéressants, les Second sex, les BB Brunes, aussi, sont très bons.
Par Lord Dey
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Mardi 10 avril 2007

Jean-Vic Chapus, 31 ans, est journaliste musical. Ancien rédacteur en chef du magazine Newcomer, aujourd’hui au service de Rock&Folk. Hyperactif et libre comme l’air.

Ses yeux cherchent un endroit où poser ses phrases. Son débit de parole est sûr, régulier. Lorsqu’il parle de ses confrères, il est admiratif ou très dur. Jamais cynique ou revanchard. Pas de fierté mal placée, mais une conception d’un journalisme musical passionné et sincère, auquel il tient. Vraiment sympathique, calme et à l’écoute, il ne se met jamais au centre. Il ne pense pas avoir raison sur tout, mais chacune de ses sorties est convaincue et assumée. En face de lui, on résiste à la tentation de s’étendre sur nous-même, lorsqu’il le demande. Garder en tête l’objectif, ne pas se lancer dans une discussion musicale, que l’on imaginerait passionnante. On essaie d’en savoir plus sur lui, personnellement, mais Jean-Vic Chapus semble ne vouloir se définir que par rapport au travail accompli et en préparation.

Le travail, justement, est au centre de sa vie. Un équilibre. « Pour compenser ma fainéantise », analyse-t-il. Il n’arrête jamais, aidé par une tendance insomniaque qui le tient éveillé une bonne partie de ses nuits. Peu de sommeil, beaucoup de tout le reste. Du sport (piscine, jogging), pour laver son corps des – très - nombreuses cigarettes qu’il avale. Le matin, il court, puis déballe les albums qu’il a reçus, passe des coups de fil, relance des contacts, se tient au courant des évènements musicaux à venir. Il s’impose cinq interviews d’artistes par semaine, et sort presque tous les soirs, car dit-il, « il faut être relationnel tout le temps, écouter les bruits de couloir pour prévoir les nouvelles modes. Même quand on est fatigué on ne peut pas se permettre de se couper du monde, car les gens vous oublient très vite. »

Avoir un avis sur tout

Une tendance à l’éphémère qui abîme ce milieu, d’après lui. « Aujourd’hui le rock est vraiment dans un système de modes : un groupe en vire un autre, reste deux mois, et disparaît. On ne laisse pas le temps aux gens de construire une œuvre. » Et comme les artistes, les journalistes sont de plus en plus soumis à cette dictature de l’instantané : « Il faut avoir un avis sur tout, très vite, sinon on est un gros ringard ». Ce côté superficiel et « trendy », Jean-Vic Chapus l’observe dans la presse généraliste française, qu’il épingle au détour d’une phrase, presque sans y penser. « Dans l’ensemble, je la trouve assez décevante. Aux ordres, dans tous les domaines. Ce consensus désagréable, qui fait que tout le monde parle du même film le mercredi, du même bouquin le vendredi…Ça roupille un peu, c’est mou. » Exactement ce qu’il déteste.

Ce qu’il aime, ce sont les rencontres, l’éternelle plongée vers de nouveaux sons, de nouvelles sensations. Mais surtout, l’engagement. L’avis que l’on donne, la part de soi que l’on met. « J’aime l’enthousiasme, l’exagération. Il faut prendre position, on aime ou on n’aime pas, il faut le dire ! Quand les gens payent leurs albums vingt euros l’unité, le moins que l’on puisse faire est donner un avis net, quitte à en rajouter. » Éviter la tiédeur et la mollesse, encore une fois.

Jean-Vic Chapus travaille dans la presse dite « rock », mais il va souvent voir ailleurs. « Quand on aime la musique, il faut être ouvert au plus grand nombre de choses possible », lance-t-il. Comme le rap ou la techno, musiques qu’il adore. Il explique que le rock est entré assez tard dans sa vie : « Vers 12 ou 13 ans, j’avais un ami italien qui avait un grand frère mélomane, très intéressé par la New Wave et par le Punk. Mais ce n’est qu’à 17 ans que je m’y suis vraiment plongé ». Pour ne plus en ressortir. Etudiant en journalisme à Lille, il détourne les fonds du journal de l’école pour créer un fanzine, « Planet Of Sound », qui deviendra plus tard « Newcomer », dont il prendra les rênes au bout de deux numéros.

La suite va de soi. En 2001, Philippe Manœuvre, rédacteur en chef de Rock&Folk, cherche du sang neuf pour rajeunir son magazine. En un coup de fil, l’affaire est réglée : Jean-Vic Chapus fait ses premiers pas dans cette institution de la presse rock française. Un rêve de gamin ? « Pas vraiment, dit-il avec un sourire. Plus jeune, je lisais plutôt les Inrocks (uptibles, nda). Pour moi, R&F était le journal des vieux, des ringards, des fans des Stooges. » On perçoit chez lui un rejet de l’ancien, du terminé, qu’il avoue aisément : « J’aime écouter des groupes qui existent aujourd’hui, qui sont dans l’actu, je sens que je suis partie prenante de quelque chose. J’ai du mal à m’intéresser à des groupes morts depuis vingt ans. » Il confesse quand même une passion pour Joy Division et New Order, deux piliers de la New Wave nés dans les années 80.

D’abord pour draguer les filles

Profondément parisien, né dans une famille bourgeoise de gauche, Jean-Vic Chapus sait l’importance de ce bagage dans son parcours. De sa journaliste de maman (« elle invitait ses amis à la maison et j’étais impressionné par leurs discussions »), à son père qui lui faisait écouter le premier album du Velvet Underground (« Je n’y comprenais rien, mais ça m’a marqué définitivement »), il a baigné dans un monde de culture et d’engagement politique. « J’ai toujours été de gauche, d’abord pour draguer les filles. » Et de conclure en riant : « En fait, tout ce que j’ai toujours fait avait pour but de séduire les filles. »

De ces récentes années, Jean-Vic Chapus garde des souvenirs forts, qu’il évoque en vrac. Sa rencontre avec certains groupes de rock ( The Libertines, The Coral), avec le chanteur Miossec, sont autant de raisons pour lui d’aimer ce métier. Mais il regarde déjà ailleurs. « J’aimerais écrire un roman, ou deux ou trois, si j’en ai le talent et l’envie. Ou manager un groupe. » Il avoue une véritable fascination pour les managers, ces lanceurs de carrières. « Des moitiés d’escrocs, qui peuvent te faire prendre des vessies pour des lanternes, qui survendent leur groupe avec une tchatche et un charisme incroyables. Flamboyants, baratineurs et enthousiastes. » Pour l’heure, il prépare un nouveau magazine. « Ca s’appellera Vox Pop, un mariage entre la musique et les autres formes de culture : le cinéma, les livres. » L’objectif : un projet neuf, indépendant. Jean-Vic Chapus est encore jeune, le sait, et agit en conséquence : « Je me permets encore de claquer la porte quand les choses ne me conviennent pas. » Une belle idée de la liberté, et un véritable slogan de carrière.

Par Lord Dey
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