«Les électeurs aiment les platitudes si elles sont assez musicales.» Ce constat de l’éditorialiste Jonathan Alter, dans Newsweek, met en lumière un aspect primordial de la politique outre-atlantique, dans laquelle tout doit pouvoir être chanté, scandé, martelé. L’Amérique vit ces Primaires au rythme de slogans mélodieux et accrocheurs, ou de chansons populaires. Et les musiciens américains semblent à ce point traumatisés par les années Bush qu’ils s’engagent massivement du côté démocrate.
Il y en a également pour tous les goûts parmi les chansons de campagne, qui forment un environnement sonore représentatif de la volonté des candidats. «Lors d’un meeting d’Hillary Clinton à San Antonio, Texas, plusieurs groupes mexicains se sont succédés», note Mark Claigue, musicologue à l’Université du Michigan, à Chicago. «elle s’adapte ainsi au public auquel elle s’adresse. C’est pour cette même raison qu’Obama a choisi des chanteurs de gospel lors de la tournée des états chrétiens du sud. Les candidats sont prudents et ne choisissent pas une seule musique de campagne.»
L’année dernière, Hillary Clinton a pourtant choisi « You and I », de la québécoise Céline Dion, comme chanson officielle de sa campagne. Mais québécoise signifie surtout étrangère : de nombreux supporters de l’ex-première dame émettaient des doutes quant à ce choix, et Clinton a finalement laissé tomber le morceau en janvier, sur les conseils de ses proches. Devancée par Obama dans les sondages, elle s’est ensuite réapproprié une chanson de Marvin Gaye, « Ain’t No Mountain High Enough », dont les paroles devaient exprimer sa détermination d’alors : «Il n’y a pas de montagne assez haute / Pour m’empêcher de te rejoindre», dit le refrain.
De son côté, Barack Obama a notamment opté pour Stevie Wonder, une référence de la musi
que soul, ou pour le rappeur
J ay-Z. La chanson de ce dernier, « 99 problems », utilisée le 3 janvier après sa victoire en Iowa, a mis le candidat démocrate dans l’embarras, à cause de cette phrase : «I got 99 problems, but a bitch ain’t one.» («J’ai 99 problèmes, mais une salope n’en est pas un.») Soupçonné de faire passer un message sur sa
concurrente démocrate, Obama s’est défendu en expliquant simplement qu’il « aime le rap ». A ce propos, il a évoqué une
collaboration probable avec le s rappeurs Jay-Z et Kanye West, pour l’aider à
communiquer auprès des jeunes des ghettos, dans le cas où il serait élu président en novembre prochain. Du côté des républicains, le style est plus classique : John McCain a lancé certains de ses
meetings sur les accords du célébrissime « Johnny B. Good », de Chuck Berry, alors que Mike Huckabee, aujourd’hui hors course, apparaissait en bassiste dans son groupe de rock.Mais la relation entre les personnalités politiques et les musiques sensées les représenter est parfois complexe. En octobre dernier, Obama a fait participer à l’un de ses meetings le chanteur de gospel Donnie McClurkin. Ce dernier se décrit lui-même comme un « ex-gay », que Dieu a sauvé de l’homosexualité. Dans son livre « Eternal Victim, Eternal Victor », paru en 2001, McClurkin allait plus loin encore : «J’ai usé anormalement de ma sexualité jusqu’à ce que je prenne conscience que j’étais brisé, et que ce n’était pas l’intention de Dieu…[…] Notre sexualité, comme tout le reste, dépend d’un choix personnel.» Barack Obama s’est formellement opposé aux positions de McClurkin, au risque de brouiller son propre message. Du côté républicain, John McCain s’est fait interpeller par le chanteur Tom Petty, qui refusait qu’il utilise sa chanson « I Won’t Back Down » pour ses meetings. Une histoire qui en rappelle une autre : Ronald Reagan, en 1984, reprenant « Born In The USA », de Bruce Springsteen, en faisant un hymne de sa campagne, mais sans en avoir compris la substance (la chanson racontait la vie d’un campagnard américain envoyé de force se battre au Vietnam).
Depuis un an, la musique occupe donc de plus en plus d’espace. De meetings en concerts de soutien, d’émissions de télévision en clips satiriques, l’Amérique justifie à l’occasion de cette campagne son statut de nation musicale, dans laquelle la politique ne se conçoit pas sans rythme, sans emphase, sans communion. «La musique établit une forme de proximité entre la nation et ses dirigeants politiques», selon Mark Claigue. «Elle crée un espace de fiction au sein de la campagne et touche à l’imaginaire. Elle peut permettre de ramener à la politique ceux qui s’en désintéressent.»
Aujourd’hui, cet engouement est particulièrement saisissant sur Internet, devenu à l’occasion des primaires américaines un champ de bataille immense, dans lequel les partisans des deux camps redoublent d’imagination pour mettre en musique leur amour pour leur candidat, et leur mépris – voire leur haine- envers leurs adversaires.
E n juin 2007, une adolescente Américaine interprétait «I got a crush on Obama» («J’en pince pour Obama»), drôle de déclaration d’amour au sénateur de l’Illinois. La jeune fille a rencontré un franc succès (le clip, diffusé sur la toile, a été vu plus de six millions de fois à ce jour) et a accédé à la célébrité – et, par extension, aux différents débats démocrates qui ont suivi. « On savait que cette chanson allait intéresser le public », analyse Ben Relles, créateur du site Internet « Barely Political » et auteur des paroles, «mais on imaginait pas un tel impact. Elle a été reprise par toutes les grandes chaînes de télévision !» L’objectif, pour ce jeune entrepreneur, est non-partisan : «On n’est engagés pour personne, on se donne la liberté de faire ce qui nous chante. L’idée est juste de modifier la perception que les gens ont des candidats.»
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Impression confirmée aux fils de ses diverses apparitions cinématographiques. Plus récemment (2003), il incarne le personnage principal de "Masked & Anonymous",
un chanteur sur la fin appelé à la rescousse sur fond de révolution mondiale. Une prestation amusante : Dylan n'est encore que lui-même, présent mais pas trop, l'oeil observateur et la démarche
improbable (on soupconne des débuts d'arthrite). Impossible, encore une fois, de prétendre qu'il joue faux : il ne joue pas, tout simplement. Et donne l'impression incroyable, non démentie au fil
des années, que le monde autour s'agite autour de lui, qui observe avec amusement et fait part de ses remarques dans ses chansons.