Naast, Plasticines, Brats : autant de groupes qui ont envahi les soirées underground de la capitale depuis plus de deux ans, et dont certains sont en passe de devenir grands. Alors ? Nouvelle scène Rock à Paris, ou pure invention de l’esprit ?
D’abord, retour en arrière : dans les années 60, le Greenwich village de New York lançait un appel citoyen et humaniste à travers le folk, suivi par le mouvement punk à la fin des années 70. De son côté, la Grande-Bretagne accouchait des groupes les plus célèbres des sixties et seventies : Beatles, Stones, Who, Byrds, puis Sex Pistols et Clash. Il faut bien l’admettre, Paris a toujours eu un train de retard sur ses intimidantes voisines, et après un début de scène punk dans les année 70, le temps d’un battement de cil, la France a retrouvé la pire de ses manies : la variété. Plus de place pour le reste. L’explication ? Le Rock en Français s’exporte mal, on le sait, aucune chance de rivaliser avec l’énorme production anglo-saxonne, acclamée de part le monde.
Depuis deux ans, une dizaine de groupes parisiens se font remarquer, jouant dans les mêmes endroits, se connaissant tous, et suivis par une masse constante d’adolescents qui n’ont jamais vu ça. Naturellement, cette « nouvelle scène » ne fait pas l’unanimité, comme en témoignent les levées de bouclier dans la presse et ailleurs. Bourgeois, agaçants, profondément parisiens, ces nouveaux venus ne correspondent pas à l’image française du rock. Busty, journaliste au magazine Rock&Folk, est au plus près de ces groupes depuis plus de deux ans, et réagit à ce genre d’accusations : « La plupart d’entre eux font effectivement partie de la bourgeoisie de Paris et des environs, et ils sont tous très attentifs à leur look. Après ils ont peut-être le droit de s’habiller comme ils veulent, et ce n’est pas comme si le look n’avait aucune importance dans le rock. Par ailleurs, ils ne sont pas millionnaires du tout, mais c’est une accusation commode, surtout pour les gens qui n’ont pas beaucoup d’imagination. Il fallait bien qu’on trouve une raison de leur tomber dessus. Après c’est vrai ils ont un peu de fric. Quel rapport avec la musique ? »
« On n’a pas tous les mêmes valeurs »
S’il existe bien une scène, entendre un regroupement de musiciens jouant au même moment et au même endroit, les groupes parisiens sont loin de s’entendre sur leurs influences : si le « revival » du rock anglais des dernières années est une inspiration pour beaucoup, cela ne se ressent pas forcément dans la musique. Les Naast, par exemple, premier de ces groupes à être « signé » dans une maison de disques et auteurs d’un single joyeux et fédérateur, ont autant pioché dans la musique américaine des années soixante-dix que dans celle des « mods » londoniens des années soixante, et refusent de se poser dans une quelconque continuité du rock. Gustave, leader de la bande, explique le raccourci à éviter lorsque l’on évoque la nouvelle scène parisienne : « Il y a plus de médias que de groupes, et de ce point de vue journalistique, il s'agit d'une scène, mais en fin de compte, comparés au punk par exemple, les différents groupes Parisiens ne se retrouvent pas sur le plan musical, esthétique. On n'a pas tous les mêmes valeurs. En somme il s'agit juste d'une bande d'amis qui se regroupent au bon moment et au bon endroit, et je suppose que c'est plus facile d'appeler ça une scène. Même si ce n'est pas très juste. »
De même, la façon de travailler est différente : si certains se sont rués sur la première proposition de maison de disques qui leur a été offerte, d’autres, comme les Brats, préfèrent le travail des chansons sur scène, et estiment manquer encore de maturité pour enregistrer en studio. Gustave Naast a une approche différente du problème : « Le rock’n’roll est un amas de conneries. De belles conneries, mais des conneries quand même. Et même si l’on débute, il faut enregistrer nos erreurs maintenant. On verra dans dix ans, on trouvera peut-être nos premiers albums ridicules, mais peu importe. Enregistrer est une façon de se rendre immortel. »
Même si la plupart des groupes s’en défendent, il existe bien quelque chose de nouveau, une dynamique nouvelle à Paris : pour s’en rendre compte, il suffit d’assister à un rock’n’roll Friday. Le magazine Rock&Folk, qui organise ces soirées de rock live, s’est attiré les sarcasmes du tout-Paris, qui l’accuse de copinage. Busty refuse l’étiquette du magazine créateur de mouvement : « On n’est pas a l’origine du mouvement, on est allés les voir en premier, peut-être, et on a parlé d’eux plus tôt, mais ce mouvement n’est pas une création de Rock&Folk, je ne vois pas très bien comment ce serait possible. On n’est pas allés faire la sortie des écoles pour distribuer des guitares aux gamins les plus lookés et en leur disant : ok, vous jouez dans deux jours dans tel bar... On a juste observé ce qui se passait, on en a parlé, et un peu plus tard on les a fait jouer. » Gustave, des Naast, confirme : « Il fallait un média dans cette France cynique pour avoir le courage de soutenir un mouvement aussi naïf et instantané, et c'était Rock&Folk. Ca aurait été trop facile de détruire ces jeunes groupes aux jolies ambitions. C'est toujours plus difficile d'être enthousiaste, d'ailleurs. Rock&Folk, c'est "je chante le rock'n'roll électrique", "la vie en rock", on parle le même langage, c'est tout. »
Un magazine de mode
Ainsi, chaque vendredi, au triptyque (salle de concert dans le II° arrondissement), trois groupes se produisent sur scène, la plupart d’entre eux appartenant à ce microcosme parisien. Ils ont entre 15 et 18 ans, se connaissent bien, se relaient aux platines, font des duos et se marrent entre eux. Ils s’habillent comme leurs idoles des sixties. Mais le signe fort, c’est le public : non pas une bande de curieux, venus frileusement écouter la dernière sensation de la capitale, mais des centaines d’adolescents habillés à l’anglaise, tous droits sortis d’un magazine de mode, qui connaissent les chansons par cœur, portent des tee-shirts « Naast » (déjà !) et partent en courant à la fin des concerts pour attraper le dernier métro aux Grand Boulevards. Ce noyau dur de fans s’agrandit inexorablement, et c’est un Nouveau Casino archicomble qui a accueilli les Naast en décembre dernier. Après ce concert, même les plus sceptiques des observateurs ont été forcés d’admettre la réalité de la nouvelle scène parisienne. Mais après l’effet « hype », la vibration de la nouveauté, il fallait encore que la musique soit de qualité.
Car c’est à ce niveau que les rangs s’éclaircissent. Des dizaines de groupes qui ont profité de l’effervescence des deux dernières années, une poignée seulement tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. Citons-en quelques uns : Naast, inévitablement, les seuls pour l’heure à avoir enregistré un album, salué par la critique. Les Brats, les Second Sex, les Mondrians, les Plasticines, sont les plus en vue actuellement, ces dernières étant en passe de publier leur premier album.
En évoquant les inspirations musicales de toutes ces nouvelles formations, on est frappé de constater que leur culture ne se résume pas aux grand groupes référents (Noir Désir en France, Oasis en Angleterre et Nirvana aux Etats-Unis), mais englobe des zones du rock’n’roll totalement inconnues du grand public. Et pour cause : c’est de la génération Internet que l'on parle. Celle qui, en trois clics, peut télécharger une décennie de musique, et qui en quelques années peut devenir incollable sur des pans entiers des rocks Anglais et Américain. Gonzague Dupleix, des Inrockuptibles, n’est pas particulièrement impressionné par cette scène dont tout le monde parle. Mais il reconnaît l’énorme atout de la jeune génération : « Avant, il fallait courir les bons disquaires pour trouver la musique que l’on cherchait. Ceux qui ne faisaient pas cet effort se limitaient aux groupes surmédiatisés, Beatles, Stones, et à ce qui pouvait leur passer sous la main. Aujourd’hui, si l’on entend parler d’un groupe, on saute sur son PC pour le télécharger, illégalement ou pas. Et on se retrouve avec des mecs qui arrivent à citer Gang of Four, par exemple, un groupe qui a quarante ans et n’a jamais été vraiment célèbre. Ca a un côté vraiment excitant. » Internet est donc en passe de modifier profondément la donne, et donne accès à un répertoire infini, qui ne se limite pas aux grands classiques. Pour peu que l’on veuille bien s’y plonger : aujourd’hui encore, on ne compte pas les mauvaises imitations de Noir Désir, Nirvana, AC/DC, ou plus récemment des Strokes et des Libertines.
Au final, force est d’admettre qu’il se passe quelque chose à Paris : le dynamisme de la jeunesse, sa volonté de se réapproprier le rock, le nombre de concerts et leur succès grandissant sont les signes d’une petite révolution. Mais, ici comme ailleurs, il faudra attendre les albums, les grandes prestations scéniques, il faudra observer tous ces groupes évoluer en dehors de leur confortable succès francilien, pour dire qui mérite vraiment d’être considéré comme un « bon groupe de rock ». Et comme toujours, seuls ceux qui ont quelque chose à apporter, un plus de mélodie ou d’âme, s’en sortiront à terme.
C.S.
Impression confirmée aux fils de ses diverses apparitions cinématographiques. Plus récemment (2003), il incarne le personnage principal de "Masked & Anonymous",
un chanteur sur la fin appelé à la rescousse sur fond de révolution mondiale. Une prestation amusante : Dylan n'est encore que lui-même, présent mais pas trop, l'oeil observateur et la démarche
improbable (on soupconne des débuts d'arthrite). Impossible, encore une fois, de prétendre qu'il joue faux : il ne joue pas, tout simplement. Et donne l'impression incroyable, non démentie au fil
des années, que le monde autour s'agite autour de lui, qui observe avec amusement et fait part de ses remarques dans ses chansons.
La comparaison entre "Lose Yourself" et "Last thoughts..." peut sembler saugrenue. Les
thèmes sont pourtant assez similaires, même si leur traitement est différent. Les deux morceaux traitent de la difficulté de trouver sa place en tant qu'artiste, de résister aux vents contraires,
et d'ignorer la médiocrité environnante - bc'est déjà un pont commun. Il y en a d'autres, allons-y donc.
Dylan :