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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 20:24
Ses précédents albums en attestent déjà : Ben Kweller est un artiste qui ne craint pas de laisser comprendre son art dès les premières écoutes. Accordons-lui déjà le mérite de l'honnêteté. Il se peut que les intégristes de la musique indé boudent cet album, prétextant que l'on a ici affaire à quelque chose de trop abordable. Je dis pour ma part que voilà dix jolies chansons, marquantes pour plusieurs d'entre elles, et qu'il n'y a donc aucune raison de faire la fine bouche.

Ben Kweller Avant même l'écoute de cet album, et parcourant le listing des chansons, je ne manquai de noter la présence d'un "Homeward Bound", que j'imaginai aussitôt être un clin d'oeil à Simon & Garfunkel, ces vétérans de la mélodie US pop par excellence, aux millions d'albums vendus, au mythique concert à Central Park, etc. Si le morceau n'est pas une reprise à proprement parler de S&F, la comparaison donne tout de même une bonne idée du chemin qu'emprunte Ben Kweller avec ce "Changing Horses" : des emprunts divers à la country et à la musique folk américaines, le tout dans un habillage pop du plus bel effet. Ben Kweller n'a rien d'un antifolk lo-fi new-yorkais, ou d'un bluesman crasseux, il est simplement un jeune homme talentueux, à la vie relativement rangée, mais qui pose toujours autant de bonnes questions. Et c'est exactement ce qu'il laisse entendre ici.

L'album s'ouvre sur "Gypsy Roses", intro bluesy et intonations de voix dylanesques par instants : la filiation est là. Il se dégage instantanément une tristesse sourde, dans le chant et dans les guitares, et lorsque Kweller murmure "I have no friends, I have no kids", il est un acteur en lequel on est obligé de croire. "Old Hat", ballade langoureuse, laisse découvrir une voix lente et cassée, qui souffle " I never wanna be the old hat you put on your pretty head", alors que la guitare chante une seconde voix et rappelle la six-cordes de Clapton sur "Layla". "Fight" est un morceau de bravoure, une ballade Irlandaise allégée en matières grasses dont se dégage une énergie communicative, à grand renfort de cris et de solos instrumentaux endiablés. Le parolier s'amuse ici avec les difficultés de la vie : "Some days are aces, and some days are faces, well some days are twos and threes". Avec, et ce sera le fil rouge de cet album, une descente d'accords en fin de refrain qui ne manque de rappeler Simon & Garfunkel.

"Hurtin' You" est une ballade pas fracassante, mais soutenue par un agréable choeur féminin. On se trimballe ensuite tout au long de l'album entre chansons mélancoliques à la poésie parfois un peu limite ("Ballad Of Wendy Baker" et ses phrases du genre "They make it rain inside your eyes", pourtant appuyée par un magnifique couple piano/violon et où la voix traînante de Kweller fait des merveilles). "Sawdust", festive et chantante, ne laisse pas un souvenir impérissable mais rappelle les Beatles (ou Lennon, plus précisément) par instants, tandis que "Wantin' Her Again" condense les sons qui ont fait la musique américaine, avec une pointe d'ironie : contrairement à ce que laisse imaginer le titre, la chanson dit en fait "She wants me to wantin' her again"...

Les derniers morceaux de l'album, "Things I Like To Do", "On Her Own", ne baissent pas le niveau général, et réservent encore de jolies trouvailles mélodiques, tout en restant dans un cadre blues/rock. "Homeward Bound", en conclusion, confirme à l'auditeur, s'il en doutait encore, que Ben Kweller n'a plus rien à faire dans les classements de chanteurs folk indés et qui se cantonnent à un public restreint. Sa musique accessible et entraînante, parfois tristounette, toujours touchante, et la pertinence de ses textes, ont tout à faire auprès d'une audience élargie. En attendant, voilà dix chansons presque égales, et qui forment un album réjouissant. Pas la surprise de l'année, pas la révélation d'un génie hors-normes, mais la confirmation d'un puit de talent qui, d'un album à l'autre, ne se tarit pas.

Ben Kweller - Fight






Par Lord Dey - Publié dans : Reviews - Communauté : Musiques
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 20:44

Depuis le début des années 00, l’Angleterre du rock a engendré toutes sortes de mouvements, avec plus ou moins de succès. Si le revival sixties lancé à Londres en 2002 par les Libertines – qui font aujourd’hui figure de glorieux aînés – a perdu un peu de son énergie sept ans plus tard, la jeunesse anglaise a trouvé d’autres terrains de jeu, explorant les différentes périodes de l’histoire du rock, mélangeant les genres et faisant exploser tout ça en un joyeux bordel.

 

Au hasard, on a eu droit aux gratteux campagnards et asociaux (The Coral), aux branchouilles londoniens fluo, autoproclamés « new-rave » (The Klaxons), aux purs successeurs de Doherty et Barât, mélodies et sapes comprises, avec gadin inévitable à la clé (The View), ou plus récemment à quatre gamins bichromes, aux moues dépressives et qui font se pâmer les nostalgiques de la cold-wave et du rock qui retient ses larmes (The XX). Bref, en Albion, on tente des choses. A ce sujet, l’écoute du premier album de Crystal Castles, en plus de dévoiler un talent sans limite dans le domaine de l’expérimentation sonore, nous laisse penser que malgré la presse boudeuse, les jeunes gens modernes et qui ne payent plus leurs albums, et la crise, l’Angleterre aura toujours de quoi nous surprendre.

 

Car cet album, Crystal Castles, ne ressemble à pas grand-chose de connu. Mais puisqu’il faut toujours trouver des points de comparaison pour décrire des choses que l’on vient de découvrir (« Maman, il y a un truc dans le ciel, c’est comme une soucoupe, mais qui vole… »), alors allons-y : Crystal Castles, c’est un peu Mario Bros sous acide, qui se tape la tête en rythme sur les murs du château de la princesse. C’est une plate-forme de nappes synthétiques empilées comme au hasard, convoquant les sons 8-bits des consoles de jeu des années 80, et qui reposent sur des lignes de basses entêtantes et martelées qui, en plus d’imprimer la mélodie des morceaux, font office de grosses caisses. Du très lourd.

 

 

On retient presque tout de cet album, et assez vite. La majorité des morceaux est ici composé sur la base de quatre accords pop. Ainsi, les chercheurs de la mélodie ultime, « ecoute-ça-c’est-trop-complexe-mais-dès-que-tu-saisis-le-truc-tu-te-rends-compte-que-c’est-génial » en seront pour leurs frais : ici, la simplicité mélodique est reine. Et l’essentiel n’est pas là : il fallait bien ça pour obliger l’auditeur à se focaliser sur l’hallucinant – halluciné ? – travail sur le son.

 

Car c’est bien l’atout majeur de ce premier LP : la fabrication du son. Il y a quelque chose de visionnaire dans le travail d’Ethan Kath, qui doit correspondre à la définition moderne de l’apprenti sorcier : en fusionnant, pour simplifier, du matériel informatique du temps des dinosaures à des claviers et des samplers dernier cri, il ramène la musique electro à la source, et lui rappelle d’où elle vient : des vieux ordis Amiga, des sons de Sonic ou Alex Kid (le jeu vidéo), bref : tout un pan musical tombé en désuétude parce que complètement dépassé au temps de la musique numérique, de la réverbération et des boucles distordues. Reste que la mayonnaise prend bien, signe que les générations peuvent se réconcilier, après tout.

 

Dans tout ce travail, il faut saluer le travail sur la voix d’Alice Glass, dont le chant habité, sans cesse plus aigu, fait des détours infinis dans les machines du groupe avant d’arriver à nos oreilles. Difficile donc de juger de ses réelles capacités vocales, même s’il reste toujours une vraie intention, nerveuse, parfois violemment proche de la déchirure, et qui sait donner le frisson. Il y a peu de modèles à qui la comparer, si ce n’est Deborah Harry par instants, pour l’instinct pop dans le chant, ou Courtney Love, pour la charge de rock&roll que porte sa voix.

 

Enfin, il y a ces morceaux, puisqu’il faut bien les citer. « Alice Practice », que vous avez pu entendre dans l’un des épisodes de la série anglaise et désormais culte « Skins », est une offensive violente, ou le chant d’Alice Glass fait des miracles dans les aigus hystériques, sur un fond d’une énergie débordante, désordonnée, et qu’il faut ranger soi-même mentalement au fur et à mesure des écoutes. Il y a ensuite des instants de calme, ce « Crimewave » entêtant, qui invite à chanter en chœur, en l’écoutant au casque au milieu d’une avenue parisienne ; un « XXZXCUZX me » carrément hard, à recevoir debout, la tête dans un mur d’enceinte au milieu d’un champ du Larzac, en sachant que de toute manière on n’y comprendra rien… D’autres morceaux de bravoure, « Vanished », « Good Time » ou « Love And Caring », noyée sous un déluge de lasers et de sonneries qui rendent fou. Et puis, presque inévitablement pour un album de cette longueur, quelques morceaux sans imagination ou sans fougue (« Air War », « Through The Hosiery »). Pas suffisant pour gâcher la fête. Les Crystal Castles, maintenant joyeusement lancés dans le cercle pas si fermé des nouvelles révélations made in UK, ont de l’or entre les mains. Ils ont créé un son qui leur appartient et leur album fait des merveilles. Reste que les voilà esclaves de ce son, leur marque de fabrique, qui ne manquera pas de lasser les auditeurs si le groupe décide de nous sortir quatre autres albums sur le modèle du premier. Après un retour franchement réussi vers les sons geek d'il y a 20 ans, quelle sera la prochaine étape ?


Crystal Castles - Alice Practice

 

 

Par Lord Dey - Publié dans : Reviews - Communauté : Musiques
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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /Mars /2008 14:39
undefined Deux petites secondes, pour signaler que l'album de Neon Neon, "Stainless Style", est en écoute intégrale sur leur myspace, dont je vous donne l'adresse un peu plus bas. Et, comme dire ? C'est une tuerie. Aaah, de la pop synthétiseur, un mélange des Pet Shop Boys et du son de la vague techno du milieu des années 90 (souvenez-vous de tous ces mauvais trucs, Haddaway, Culture Beat, etc). Au final, cet album est un vrai bonheur. De grande classe. Une chanson parmi d'autres : "I Told Her on Alderaan", tout simplement superbe.


http://myspace.com/neonx2
Par Lord Dey - Publié dans : Reviews
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Vendredi 14 mars 2008 5 14 /03 /Mars /2008 16:58

undefined Hier soir avait lieu l'écoute du nouvel album de Francis Cabrel, intitulé "Des roses et des orties", qui sortira dans les bacs le 31 mars prochain. S'il est difficile et hasardeux de chroniquer un album après une seule écoute, quelques conclusions s'imposent déjà. Premièrement, cet album ne marque pas un tournant dans la carrière de l'excellent chanteur (c'est mon avis) qu'est Francis Cabrel. On y entend beaucoup de guitares, toujours beaucoup de poésie, des octosyllabes à rimes riches - oui ! Francis Cabrel est un poète comme il y en a peu-, des reprises de blues (J.J. Cale) et un hommage à LA référence de l'artiste, Bob Dylan, monument que l'on sait, dont Francis reprend la chanson "She belongs to me".

Prenons cette chanson particulière. "She Belongs to me" devient "Elle m'appartient (c'est une artiste)". Cabrel traduit avec talent les paroles du grand Robert, et en fait quelque chose qui se tient. Et l'évidence saute aux yeux : au niveau du texte, c'est le seul morceau vraiment novateur de l'album. Et pour cause... c'est du Dylan. Il faut se rappeler que Francis Cabrel voue un véritable culte au barde de Duluth, et ce depuis les années 60, pendant lesquelles le jeune Agenais (d'Astaffort, plus exactement) commençait à gratter des accords avec son groupe, Les Gaulois (à cause des moustaches). 

Force est d'admettre que peu de gens, aujourd'hui, font la comparaison entre le fan et l'idole. A coups de "Je l'aime à mourir", "Je pense encore à toi", ou autres rengaines de midinettes (souvent magnifiques, au demeurant), Cabrel est devenu le chanteur français typique, sympathique, qui fleure bon la campagne et l'austérité : il est devenu transparent. Loin de Dylan, son ambivalence, ses revers, son instabilité permanente, et son magnétisme. Où trouver Dylan dans Cabrel ? Dans certaines séquences mélodiques, bien sûr. Dans une forme de simplicité dans les accords. Dans des choses purement musicales. Mais pour le reste, pour l'âme ou la posture, rideau.

Cabrel fait vibrer les quinquas en mal d'authenticité et de confiance en eux, ceux qui ont souffert du monde et aiment qu'on leur confirme, justement, que le monde est sacrément dur. Cabrel a toujours raison dans ces chansons, mais il ne résiste pas à la tentation d'enfoncer des portes ouvertes. De garder cette naïveté dans la poésie, ce regard d'un enfant, qui dirait : "Maman, pourquoi les hommes se battent ?" "Pourquoi on ne traite pas bien les étrangers, maman, ils sont pareils que nous, non ?" Cabrel dit ce que l'on sait déjà. L'injustice, les riches qui n'aident pas les pauvres, la vie qui est dure pour ceux qui dorment dehors. Le dénoncer est crucial, mais la façon est naïve, et limite la portée du discours. Cabrel est, à côté de ça, un parolier hors-pair et un mélodiste très capable. Mais il est, pour ma génération, le plus ennuyeux des chanteurs. Et c'est bien dommage.

Retour sur l'album. De bonnes chansons ("Les cardinaux en costume", "Mademoiselle l'Aventure"), des reprises assez réussies ("Né dans le Bayou", de J.J. Cale, et la reprise de Dylan), et une production toujours nickel, très léchée, qui laisse suffisamment de place à chaque instrument. Manque l'essentiel : rien qui ne bouge l'auditeur. Rien qui marque durablement. J'avais cette impression, en écoutant l'album, que Cabrel était juste en train de faire son job. Qu'il maîtrise, sans stress et en se faisant plaisir, à son petit rythme. Qui n'est peut-être plus le mien, tout simplement.

Par Lord Dey - Publié dans : Reviews - Communauté : Musiques
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Mardi 15 janvier 2008 2 15 /01 /Jan /2008 15:42
Dog Day, auteur de l'album "Night Group" en 2007 ... trucs à écouter en ce début d'année 2008. Le nouvel album de British Sea Power, "Do You Like Rock Music", est énorme. Arrêtez-vous entre autres sur le morceau d'ouverture, "All In It", et sur "No Lucifer" : il y a du génie là-dedans. Il y a un souffle. Il se murmure qu'Arcade Fire n'est pas très loin, c'est sûrement vrai, mais il y a plus que ça, nous sommes bel et bien en Angleterre. Hop, d'un groupe à un autre, une drôle de sensation : The Whip, quatuor électro branché, déjà multi-remixé, qui sortira son single "Sister Siam" très prochainement. Autre album, trouvé par hasard et qui date d'Avril 2007 : Dog Day (photo), groupe canadien pas comme les autres, sans trompette et sans vielle, aux mélodies démentes. Une chanson ? "Know Who You Are". Le nom de l'album ? "Night Group". La classe.

Pete Doherty, le bon Pete, l'Old chap, a enregistré le plus gros d'un album solo qui devrait également paraître en 2008. Il assure que cette initiative, qui n'est pas la première ("Freewheelin' Pete Doherty", "Acousticalullaby"), ne remet pas en cause l'existence de Babyshambles.C'est en tout cas la première fois que sortira dans le commerce un album de, et chanté par Peter Doherty Jr. Voilà qui promet.

Pendant ce temps,  Mike Skinner dit adieu à son label "The Beats", demeure des Mitchell Brothers et d'Example. Skinner se justifie par le fait que l'industrie musicale a besoin d'un vrai et bon coup de pied au cul, et que ce n'est pas en créant de nouveaux labels qu'on changera la donne. Ca se passera donc sur...Internet, et oui, pauvre de pauvre, ça tombe sous le sens.

Explication sur le Myspace du label : "As you may have read elsewhere The Beats is dead. We had a great time, but times have changed and the old idea of an independent record label is no longer relevant or realistic in this age. Thanks to everyone who supported us. We hope all our artists go on to achieve everything we believe them to be capable of. Beat Stevie will continue as everyone seems to like it. There should be a new one up now and more details on the Beats memorial service should be up there next week. If you want to check the continuing adventures of the gang you need to go to any of these places."

Bien à vous.
 
Par Lord Dey - Publié dans : Reviews
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